[Interview Melumé Skinscience] Comment éviter les pièges marketing en skincare ?

Ulysse devait résister au chant des sirènes ; nous, modestes consommatrices de skincare, nous devons résister aux sérénades marketing. Plutôt que de nous ficeler à un mât et de nous cacheter les oreilles de cire, la solution pourrait être – plus simplement – d’ouvrir les yeux.

Et cette interview de la marque Melumé Skinscience pourrait bien faire office de lunettes à vision nocturne. Dans le brouillard des allégations et des promesses, son approche clinique et sincère de la cosmétique se dresse comme un phare dans la nuit.

Nous avons suivi sa lumière et vous restituons ci-dessous le cœur de nos échanges : un guide pour sélectionner vos prochains soins en votre âme et conscience.

Happy Officine : Beaucoup de marques mettent en avant le pourcentage des actifs stars de leurs formules. C’est quelque chose que l’on retrouve chez vous aussi, avec des concentrations souvent remarquables (25 % de vitamine C dans votre sérum water-free, 6 % d’acide glycolique dans votre essence, par exemple). On a l’impression d’être pris dans une fuite en avant : c’est à celui qui proposera le pourcentage le plus fort. Est-ce réellement un critère fiable pour juger de l’efficacité d’un produit ?

Melumé : Non. Alors certes, un actif doit être présent à une concentration dont l’efficacité a été cliniquement prouvée, mais d’autres paramètres entrent en jeu : le pH optimal de la formule, la biodisponibilité de l’ingrédient, le recours à des actifs ou à des formulations biomimétiques ou encore l’utilisation de systèmes de délivrance intelligents.

En réalité, l’efficacité d’un produit dépend de la manière dont tous ces éléments s’articulent, et pas de la concentration d’un actif isolé.

Happy Officine : Oui, il y a aussi des actifs qui portent un nom marketing identique, mais qui correspondent en réalité à des formes différentes. Mettons qu’une consommatrice de skincare se retrouve face à deux sérums qui affichent tous les deux une concentration à 25 % de vitamine C, mais sous des noms de molécules différents. Comment peut-elle comprendre ce qu’elle achète vraiment ?

Melumé : Tout dépend de l’actif dont il est question. Les consommatrices ont tout intérêt à vérifier l’ordre d’apparition des ingrédients dans la liste INCI, mais aussi la forme sous laquelle ils y sont intégrés.

Prenons l’exemple de la vitamine C : il faut absolument faire la distinction entre le THD Ascorbate et l’acide ascorbique, deux formes dont les propriétés et les performances peuvent varier. Pour les produits à base d’acide hyaluronique, la position de l’ingrédient dans la liste INCI peut encore une fois donner une indication sur sa concentration relative.

Enfin, il faut identifier les autres actifs qui font partie de la formulation, car l’efficacité globale d’un produit repose surtout sur la combinaison de ces ingrédients et sur la manière dont ils interagissent.

Happy Officine : Et à l’inverse, il y a des marques qui choisissent de ne pas communiquer sur leurs concentrations. Selon vous, est-ce que cela constitue un aveu de faiblesse ? Et dans ce cas, quels sont les indices qui permettent de juger au pied de nez de la qualité d’une formule cosmétique ?

Melumé : L’ordre d’apparition des ingrédients dans la composition peut donner une première idée, mais il faut toujours l’interpréter avec un certain recul. Notre règle d’or est de se concentrer sur les dix premiers ingrédients pour englober l’essentiel des spécificités et de la qualité de la formulation.

Toutefois, la position d’un ingrédient dans la liste INCI ne reflète pas nécessairement son efficacité. Certains ingrédients actifs peuvent apporter des bénéfices significatifs même à de très faibles concentrations. Par exemple, l’extrait de cellules souches de Melilotus officinalis, un composant clé de notre complexe exclusif GMOD, a prouvé lors d’études cliniques qu’il était efficace à une concentration de seulement 0,5 %. Cette faible teneur lui vaudrait normalement d’apparaître vers la fin de la liste, et pourtant il reste un composant aussi puissant qu’efficace au sein de la formule.

Happy Officine : Nous sommes d’ailleurs de plus en plus nombreuses à jeter un œil à la liste INCI avant de nous décider pour un éventuel achat. Quelles sont les erreurs d’interprétation face auxquelles rester vigilantes si l’on se prête à cet exercice de haute voltige ?

Melumé : Globalement, les silicones [pour prendre cet exemple, NDLR] sont vus d’un mauvais œil dans les soins. S’ils peuvent avoir une utilité en améliorant l’étalement et la sensorialité d’une formule, ils peuvent également être utilisés pour obtenir plus facilement certains bénéfices en matière de texture et de stabilité, sans pour autant contribuer à l’efficacité active du produit.

Cela étant, nous avons pour notre part choisi de formuler nos produits sans silicones. Notre philosophie exige que nous nous focalisions sur des ingrédients actifs, efficaces et de haute qualité, ainsi que sur la conception des formules le plus ciblées possible, sans ajouter d’ingrédients qui ne serviraient qu’à améliorer la texture ou la sensorialité du soin final. Grâce à un travail de formulation rigoureux et à des technologies avancées, nous pouvons atteindre le même niveau de stabilité, de texture et de performance sans recourir aux silicones.

Happy Officine : Nous choisissons aussi nos soins pour leur formule et leurs actifs, mais aussi et surtout, évidemment, pour leur efficacité. Alors, lorsqu’un cosmétique affirme réduire l’apparence des rides, estomper les taches brunes ou encore lutter contre les points noirs, comment distinguer une allégation sérieusement documentée d’un flou marketing ?

Melumé : Il faut absolument faire la distinction entre les allégations étayées par des recherches cliniques et les allégations plus généralistes, plus souples, qui décrivent ce qu’un produit peut potentiellement faire.

Avant d’acheter un soin, nous vous recommandons de vérifier si ses allégations sont, oui ou non, étayées par des études cliniques ainsi que par des tests menés auprès des consommateurs ou des utilisateurs, car ce sont eux qui fournissent des éléments probants sur l’efficacité d’un produit et sur ses performances dans des conditions réelles d’utilisation.

Happy Officine : On a l’impression que plus le soin de la peau se démocratise, notamment sur les réseaux sociaux où il n’y a aucun garde-fou, et plus les routines se complexifient. Rétinol, vitamine C, acides, niacinamide, etc. : certaines d’entre nous y vont peut-être un peu fort sur la quantité d’actifs qu’elles imposent à leur peau au quotidien. Quels sont les indices qui peuvent nous laisser penser que notre peau sature et qu’elle aspire à davantage de simplicité ?

Melumé : Nous avons de la chance : notre peau nous le fait souvent comprendre lorsqu’elle commence à étouffer. Ces signes de surcharge peuvent inclure une poussée d’imperfections, une irritation persistante, des rougeurs ou des démangeaisons.

Si ces changements semblent s’installer sur le long terme sur votre peau, il peut être utile de réduire le nombre d’actifs que vous utilisez au quotidien et de vous concentrer à la place sur le soutien de votre barrière cutanée et le maintien d’un taux d’hydratation optimal.

En laissant à votre peau le temps de récupérer, vous pourrez l’aider à rétablir son équilibre avant de réintroduire progressivement davantage de principes actifs.

Happy Officine : Oui, et la réparation de cette barrière cutanée est un claim qui sert de toile de fond à la plupart des nouvelles sorties cosmétiques. Les notions de biomimétisme semblent centrales chez Melumé, notamment avec votre technologie lamellaire pensée pour optimiser la pénétration des formules entre les « briques » de cette barrière. Si vous me confirmez que cette réparation est possible, qu’est-ce que cela implique réellement sur le plan biologique ?

Melumé : La barrière cutanée est la couche la plus superficielle de notre peau. On peut la comparer à un mur : les cellules cutanées en sont les briques, tandis que les lipides (comme les céramides) jouent le rôle du mortier qui maintient l’ensemble.

Lorsque cette barrière est fragilisée, la peau peut perdre plus facilement son hydratation, ce qui l’expose à un risque accru de sécheresse, de tiraillements et de réactions d’inconforts. Lorsque l’on parle de « réparer » la barrière cutanée, il s’agit en fait de soutenir la capacité naturelle de la peau à restaurer et renforcer cette couche protectrice.

C’est là tout l’intérêt du biomimétisme et de la technologie lamellaire. En reproduisant la structure naturelle de la peau, ils peuvent contribuer à soutenir sa barrière via des processus qui fonctionnent en harmonie avec elle, plutôt que de se contenter de rester en surface.

Happy Officine : Est-ce que c’est cette attention aux interactions biologiques avec la peau, qui nécessite forcément des investissements R&D, qui peut faire la différence sur le prix du produit final ? Certaines promesses cosmétiques pourtant identiques se marchandent à 20 € chez certaines marques et 150 € chez d’autres. Qu’est-ce qui justifie une telle différence de prix ?

Melumé : Cela dépend de la nature des ingrédients actifs et de leur concentration. La quantité ainsi que l’association de ces principes actifs au sein d’une formule peuvent également influencer sa valeur ajoutée et, au bout du compte, son prix.

Il existe aussi un autre facteur à prendre en compte : le système de délivrance utilisé. Les technologies de délivrance intelligente peuvent déterminer l’efficacité avec laquelle les actifs s’insinuent dans la peau, ce qui peut faire une vraie différence dans la performance globale d’une formulation.

Happy Officine : Melumé revendique justement une approche du skincare fondée sur la science et la performance, s’érigeant en ambassadrice du « skinscience ». Comment faites-vous pour éviter de tomber dans ces mêmes mécaniques marketing délétères que vous pointez du doigt à l’échelle de l’industrie ?

Melumé : Pour Melumé Skinscience, la science prime sur les beaux discours. Nous développons nos produits en nous appuyant sur la physiologie de la peau, des technologies de formulation et de performance mesurable – et nous communiquons uniquement sur ce que les résultats de nos tests nous permettent d’affirmer.

Cela vaut également pour des technologies comme nos systèmes lamellaires : nous les utilisons parce qu’ils ont un vrai rôle à jouer dans la manière dont la formule interagit avec la peau, et pas parce qu’ils portent un nom qui sonne très scientifique.

Et par-dessus tout, nous voulons soutenir le bon fonctionnement de la peau plutôt que d’alimenter les angoisses et les complexes des gens. Quand on adopte une approche qui se fonde sur la science, on est obligé d’être transparent sur ce que l’on sait, pourquoi on le sait et sur les limites des preuves disponibles.

Happy Officine : Si vous deviez donner à nos lectrices une méthode très simple pour décider ou non d’un achat cosmétique, quelles questions devraient-elles systématiquement se poser ?

Melumé : Le tout est de déterminer si un produit répond réellement aux besoins de votre peau ou s’il se contente de surfer sur une tendance.

Regardez attentivement les ingrédients que contient le cosmétique qui vous intéresse et les actifs qui composent la formule. Lire au moins les dix premiers ingrédients de la liste INCI est le moyen le plus simple de déterminer si un produit pourrait vous convenir ou pas.

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